DeFi & stablecoins
Stablecoins et rendement : à qui reviennent les intérêts des réserves ?
Les actifs qui soutiennent un stablecoin peuvent produire des revenus sans rémunérer son détenteur. Les droits attachés au jeton et les produits de rendement supplémentaires doivent être examinés séparément.

Un stablecoin indexé sur une monnaie et un placement rémunéré peuvent utiliser des actifs proches tout en accordant des droits différents. Des obligations publiques ou des dépôts bancaires placés en réserve peuvent générer des revenus pour un émetteur. Cela ne signifie pas que chaque personne qui conserve ses jetons perçoit une part de ces revenus. La distinction porte sur le contrat, au-delà du prix affiché.
Une réserve rémunérée ne crée pas un droit aux intérêts
Circle indique que les réserves de l’USDC comprennent notamment des dépôts, des titres du Trésor américain à courte échéance et des opérations de pension livrée. Une partie est détenue dans le Circle Reserve Fund, un fonds monétaire géré par BlackRock. Ces informations décrivent les actifs qui soutiennent les engagements de l’émetteur et leur organisation. Elles ne constituent pas une promesse de rémunération des portefeuilles contenant de l’USDC.
Le livre blanc européen de l’USDC précise expressément que le détenteur n’a pas droit aux revenus produits par les réserves. Le jeton ne lui confère pas non plus une participation dans Circle. Il faut donc distinguer une créance remboursable selon ses conditions d’une part de fonds ou d’une action donnant accès à d’autres droits économiques.
Un exemple purement illustratif permet de comprendre le mécanisme : si les revenus d’une réserve augmentent alors que les obligations envers le détenteur restent identiques, le solde de ce dernier ne progresse pas automatiquement. Pour établir le contraire, il faudrait une disposition contractuelle applicable, pas seulement connaître le rendement des actifs détenus en face.
MiCA encadre aussi la rémunération des jetons
Dans l’Union européenne, l’article 50 de MiCA interdit aux émetteurs d’accorder des intérêts sur les jetons de monnaie électronique. Il interdit également aux prestataires de services sur cryptoactifs d’en accorder lorsqu’ils fournissent les services concernés. La notion couvre notamment les avantages liés à la durée de détention et certaines compensations ou remises équivalentes.
Une offre portant le mot « récompense » ou « rendement » ne peut donc pas être évaluée uniquement par son vocabulaire marketing. Son mécanisme, son fournisseur, son champ géographique et le droit applicable doivent être identifiés. Cette règle ne permet pas, à elle seule, de qualifier juridiquement tous les montages de finance décentralisée ou tous les produits proposés hors de l’Union.
Le rendement supplémentaire correspond à une autre opération
Dans un discours du 1er juin 2026, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, distingue les fonds monétaires, attractifs pour leurs revenus, des stablecoins généralement non rémunérés directement. Ces derniers peuvent répondre à d’autres besoins, comme le règlement d’échanges et la programmation de transferts. Leur utilité et leur rendement sont donc deux dimensions différentes.
Lorsqu’un utilisateur engage ses jetons dans un prêt, une stratégie automatisée ou un service supplémentaire, l’analyse change : il faut examiner qui utilise les fonds, comment les revenus sont produits et dans quelles conditions ils peuvent être restitués. Le risque du stablecoin de départ ne résume plus celui de l’ensemble de l’opération.
Pour comparer deux offres, un taux annuel affiché est ainsi insuffisant. La rémunération nette dépend des frais, de sa variabilité et des conditions de sortie. La question décisive devient celle du droit réellement acquis et des engagements supplémentaires acceptés pour obtenir ce revenu.
