DeFi & stablecoins
Tether revendique une baisse des volumes liés à l’Iran, un chiffre à distinguer des gels
Paolo Ardoino attribue aux mesures de Tether une baisse de 94 % de certains volumes de stablecoins liés à l’Iran. Cette déclaration de l’émetteur ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’ensemble des flux ou leur déplacement.
Clara DelcourtNom de plume de la rédaction
Une déclaration de l’émetteur sur ses contrôles
Paolo Ardoino, directeur général de Tether, a défendu le 19 octobre 2026 les mesures de conformité de l’entreprise dans un message public. Il attribue à ses actions une baisse de 94 % des volumes de stablecoins liés à l’Iran. Il affirme également que, depuis 2023, Tether a gelé les adresses concernées en moyenne quatre semaines avant certaines désignations officielles de sanctions. Ces chiffres constituent les affirmations du dirigeant sur l’action de son entreprise ; ils ne doivent pas être présentés comme une conclusion indépendante sur l’ensemble des flux financiers iraniens.
Le message répond à des critiques relatives au rôle de l’USDT dans des activités soumises à sanctions. Ardoino met en avant la rapidité des interventions et les relations de Tether avec les forces de l’ordre. Sa déclaration ne fournit toutefois pas, à elle seule, une série complète permettant de reproduire le calcul de la baisse de 94 %. La période exacte de comparaison, les adresses retenues et la manière de rattacher un flux à une entité sont des éléments nécessaires pour interpréter précisément ce pourcentage.
Une adresse gelée n’est pas un volume de transactions
Un montant de jetons immobilisés, un nombre d’adresses concernées et un volume échangé sont trois indicateurs différents. Une adresse peut réaliser de nombreux transferts, tandis qu’un stock immobilisé peut rester inchangé après un gel. Il n’est donc pas possible de convertir directement un montant bloqué en baisse d’activité. De même, une diminution de flux identifiés dans un jeu de données ne prouve pas que toute l’activité correspondante a disparu : elle peut nécessiter de vérifier les changements de périmètre, les méthodes d’attribution et les autres instruments utilisés.
La causalité demande elle aussi des éléments supplémentaires. Observer une baisse après plusieurs mesures ne permet pas de déterminer quelle part résulte de chacune d’elles, sans analyse appropriée. Pour évaluer l’efficacité d’un dispositif de conformité, il faut notamment connaître les conditions d’identification des adresses, le moment des interventions et les moyens de vérifier les résultats annoncés. Une statistique peut documenter un phénomène précis tout en laissant ouvertes d’autres questions. Sa portée dépend du protocole de mesure, et non de la seule importance du chiffre mis en avant.
Le contrôle de l’émetteur reste une caractéristique du jeton
Les conditions de Tether prévoient des possibilités de suspension de ses services et de gel de jetons, notamment dans les cas définis par ses règles et le droit applicable. Cette capacité doit être distinguée du contrôle des clés privées d’un portefeuille. Une personne peut disposer des moyens de signer une transaction sans pouvoir contourner les restrictions mises en œuvre sur un jeton par son émetteur. Conserver soi-même un portefeuille ne signifie donc pas que tous les actifs qu’il contient fonctionnent sans droits administratifs ni contraintes propres à leur émission.
Le gel ne doit pas davantage être assimilé à une confiscation définitive ou à une restitution déjà obtenue. Ces résultats reposent sur des procédures et des décisions distinctes. Dans le cas présent, la déclaration d’Ardoino documente la position de Tether face aux critiques et les résultats qu’il revendique. La vérification détaillée suppose des données permettant d’identifier le périmètre des volumes, les dates et les méthodes utilisées. Les mesures de conformité annoncées et leur évaluation indépendante doivent rester clairement séparées dans la lecture de cette réponse publique.