Réglementation
Paiements en espèces : ce que prévoit le plafond européen de 10 000 euros
Le règlement européen contre le blanchiment prévoit un plafond pour certains paiements en espèces à partir de juillet 2027. Les limites nationales plus basses subsistent, et plusieurs exceptions sont prévues.
Clara DelcourtNom de plume de la rédaction
Un plafond pour les biens et les services
L’Union européenne a inscrit une limite commune aux paiements en espèces dans son nouveau règlement de lutte contre le blanchiment. L’article 80 du règlement (UE) 2024/1624 prévoit que les personnes qui vendent des biens ou fournissent des services ne pourront accepter ou effectuer un règlement en liquide supérieur à 10 000 euros, ou à sa contre-valeur dans une autre monnaie. Le calendrier général d’application est fixé au 10 juillet 2027. Cette règle a été adoptée en 2024 ; elle ne résulte pas d’un nouveau vote intervenu en octobre 2026.
Le texte vise aussi les opérations divisées en plusieurs paiements qui apparaissent liés. Le montant de chaque versement ne suffit donc pas à apprécier le respect du plafond : la relation entre les opérations compte également. Une même vente ne peut pas être décrite comme une succession d’achats indépendants uniquement parce que son règlement est fractionné. Le dispositif s’inscrit dans un ensemble plus large d’obligations contre le blanchiment, qui comprend notamment la connaissance des clients et l’identification des bénéficiaires effectifs des structures concernées.
Des limites nationales et des exceptions demeurent
Le seuil européen n’efface pas les règles nationales plus strictes. Les États membres peuvent conserver des plafonds inférieurs déjà en vigueur et en adopter dans les conditions prévues par le règlement. Le montant de 10 000 euros ne doit donc pas être présenté comme une autorisation de payer en liquide jusqu’à cette somme dans chaque pays. Pour une transaction concrète, il faut aussi tenir compte du lieu, du statut des participants et des dispositions nationales applicables. Le plafond commun représente une limite maximale européenne pour les opérations qu’il couvre.
L’article prévoit expressément une exception pour les paiements entre personnes physiques qui n’agissent pas dans un cadre professionnel. Une autre concerne les paiements ou dépôts dans les locaux de certains établissements financiers et prestataires de paiement, avec les obligations spécifiques prévues pour ces opérations. Ces exceptions ne rendent pas tout transfert libre de contrôle et ne suppriment pas les autres règles applicables. Elles montrent surtout que le texte distingue les situations : une vente professionnelle, un échange privé et un dépôt bancaire ne sont pas traités comme une seule catégorie.
Ne pas confondre paiement, transport et détention
Ce plafond concerne l’utilisation d’espèces pour payer des biens ou des services. Il ne constitue pas, en lui-même, une interdiction générale de posséder des billets. Il doit également être séparé des règles douanières sur le transport d’argent liquide aux frontières de l’Union. La Commission rappelle ainsi l’obligation de déclaration lorsqu’une personne entre dans l’UE ou en sort avec au moins 10 000 euros d’espèces, ou leur équivalent. Une obligation de déclarer un transport et une limitation d’un paiement ont des objets distincts.
Pour les entreprises, la préparation porte sur les procédures d’encaissement, la documentation des opérations et la prise en compte des plafonds locaux. Pour les lecteurs suivant les actifs numériques, le seuil relatif aux espèces ne décrit pas à lui seul les obligations des prestataires crypto, traitées par d’autres dispositions. Le point déterminant reste le périmètre de chaque règle : moyen de paiement, participants, montant et date d’application. Lire ces éléments ensemble évite de transformer une mesure ciblée contre le blanchiment en annonce d’une disparition générale du liquide.