Réglementation
La Banque de France relie euro numérique, monnaie de gros et souveraineté des paiements
Dans un discours publié le 3 novembre 2026, Denis Beau décrit les réponses de l’Eurosystème à la progression des paiements numériques, des stablecoins en dollars et de la finance tokenisée.
Clara DelcourtNom de plume de la rédaction
Les stablecoins posent une question de souveraineté
La Banque de France a publié le 3 novembre 2026 un discours de Denis Beau, premier sous-gouverneur, consacré à la numérisation des paiements et à la tokenisation de la finance. Prononcée lors de la Hong Kong Fintech Week, l’intervention ne constitue ni une nouvelle réglementation ni une décision d’émission. Elle expose la lecture d’un responsable de banque centrale sur les transformations en cours dans la zone euro et sur les services que l’Eurosystème développe pour y répondre.
Denis Beau souligne d’abord le recul progressif de l’usage des espèces et la montée des paiements mobiles ou sans contact. Selon lui, cette évolution s’accompagne d’une place croissante d’acteurs non européens dans les paiements par carte et de l’apparition d’actifs de règlement libellés dans une autre monnaie, notamment les stablecoins en dollars. Il y voit des enjeux d’efficacité et de sécurité, mais aussi d’autonomie stratégique pour les paiements européens. Le discours n’annonce toutefois aucune interdiction de stablecoin.
Trois chantiers de monnaie centrale sont distingués
Pour les paiements de détail, le responsable présente l’euro numérique comme un équivalent numérique des billets, fourni dans un cadre public et paneuropéen. Il indique que la Banque centrale européenne pourrait prendre un engagement officiel en 2027, ouvrant la voie à une émission potentielle en 2029. Ces deux échéances restent conditionnelles : le texte ne dit pas qu’une émission est déjà décidée. Il mentionne aussi les complémentarités recherchées avec des solutions privées européennes telles que Wero.
Sur les marchés de gros, Denis Beau affirme que le service Pontes, lancé en septembre 2026, rend désormais disponible une forme tokenisée de monnaie de banque centrale pour le règlement. L’offre doit être enrichie à la mi-2027 puis achevée à la fin de 2028. En France, le projet Pythagore, conduit avec Euroclear, vise à moderniser le marché des titres de créance négociables à court terme et à utiliser Pontes pour la jambe espèces. Le projet Appia, plus lointain, doit nourrir un schéma directeur attendu en 2028.
L’interopérabilité devient une condition de marché
Le discours présente la tokenisation comme une source possible d’exécution et de règlement plus rapides, de coûts opérationnels réduits et de processus programmables. Mais il insiste aussi sur les problèmes d’interopérabilité, de liquidité et d’autonomie qui apparaissent lorsque plusieurs infrastructures distribuent ou règlent des actifs tokenisés. L’objectif revendiqué est de prolonger dans cet univers la structure monétaire à deux niveaux, où monnaie centrale et monnaie commerciale remplissent des fonctions distinctes mais complémentaires.
La Banque de France ne publie dans cette intervention ni volumes traités par Pontes, ni calendrier commercial détaillé pour Pythagore, ni architecture retenue pour Appia. Elle évoque encore plusieurs options étudiées avec le marché. L’intérêt du texte tient donc moins à une annonce de produit qu’à la hiérarchie des priorités : préserver l’unité de l’euro, offrir un actif public de règlement et favoriser des infrastructures privées interopérables. Les prochaines preuves devront venir des textes législatifs, des caractéristiques techniques et de l’usage réel de ces services.