Régulation
Royaume-Uni : la Banque d’Angleterre prépare le passage de la tokenisation aux règlements réels
La Banque d’Angleterre confirme qu’une feuille de route commune doit accompagner le passage des expérimentations de titres tokenisés à des usages réels, avec règlement atomique en monnaie de banque centrale.
Clara DelcourtNom de plume de la rédaction
Une feuille de route pour sortir des seuls pilotes
La Banque d’Angleterre a publié le 4 novembre le compte rendu d’un forum professionnel RTGS/CHAPS tenu le 13 octobre. Elle y décrit les travaux menés avec le Trésor britannique et la Financial Conduct Authority sur l’ensemble du cycle de vie des actifs tokenisés : émission, utilisation, paiement et règlement. Le document ne lance pas encore un nouveau service commercial. Il confirme toutefois qu’une feuille de route interautorités est prévue au quatrième trimestre 2026 pour organiser le passage des expérimentations à l’activité réelle.
Cette orientation s’appuie sur la consultation commune de la Banque et de la FCA. Dans son bilan publié le 14 septembre, la FCA indiquait avoir reçu 123 réponses de professionnels, d’infrastructures de marché et d’experts. Les répondants plaçaient notamment les opérations post-marché et la circulation du collatéral parmi les usages les plus prometteurs. La future feuille de route doit préciser des dates cibles pour les travaux sur l’émission d’actifs numériques, le collatéral et les nouveaux modes de règlement.
Un règlement atomique contre la livre de banque centrale
Le chantier le plus concret concerne une fonction de synchronisation dans le système britannique de règlement brut en temps réel. Son principe est de conditionner le transfert inscrit sur un registre externe au règlement simultané de la jambe monétaire en livres de banque centrale. Les deux éléments doivent être exécutés ensemble, ou aucun ne l’est. Ce mécanisme, souvent qualifié de règlement atomique, vise à réduire le risque qu’un actif change de mains sans que le paiement correspondant soit définitivement réalisé.
La Banque travaille encore sur l’architecture, les opérateurs de synchronisation, les conditions de participation et les exigences réglementaires. Elle prévoit une démonstration en novembre avec des opérateurs testés dans son laboratoire, puis la publication d’informations supplémentaires au début de 2027. Il ne faut donc pas présenter cette fonction comme un service ouvert à grande échelle. Le compte rendu mentionne aussi l’extension des horaires de RTGS et de CHAPS, avec une ouverture à 1 h 30 déjà en préparation, mais sans décision finale sur l’ordre des étapes suivantes.
Une infrastructure publique au cœur des marchés tokenisés
L’objectif affiché consiste à permettre à des titres numériques et à du collatéral tokenisé d’utiliser une monnaie de règlement sans risque de crédit privé. La Banque relie ce travail à ses consultations sur le collatéral des chambres de compensation, à l’émission pilote d’un gilt numérique par le Trésor et au Digital Securities Sandbox. L’enjeu n’est pas seulement technique : la certitude juridique du transfert, la liquidité en période de stress, la conservation des actifs et la capacité à gérer un incident devront rester démontrées.
Pour le grand public crypto, le signal est institutionnel plutôt qu’immédiatement opérationnel. Les autorités britanniques veulent encadrer une infrastructure où registres distribués et monnaie de banque centrale peuvent fonctionner ensemble, mais elles n’annoncent ni nouvelle cryptomonnaie publique ni accès direct des particuliers au RTGS. La publication du 4 novembre confirme surtout un changement de phase : les autorités préparent des usages de production, tout en maintenant les contrôles de stabilité financière et sans fixer encore le calendrier complet du déploiement.